dimanche 1 octobre 2017

1000 Séverac !

Samedi 30 septembre 2017 se tenait la séance de dédicaces de Jacques Morize à l'occasion de la sortie de la cinquième enquête de “son” commissaire Séverac. “L'Inconnu de la Tête d'Or” se devait d'être présenté dans la Librairie du Parc (de la Tête d'Or), au numéro 94 du boulevard des Belges ! Nous remercions Pierre-le-libraire pour son accueil, ainsi que les nombreuses lectrices et les nombreux lecteurs qui sont venus se procurer ce nouveau polar, et la réédition du tout premier épisode, “Le Diable de Monchat” (primitivement publié aux éditions Les Grilles d'Or).

À chaque roman son arrondissement
Rappelons que la série adresse un clin d’œil aux Nouveaux Mystères de Paris de Léo Malet ! Tout comme son personnage, le commissaire Séverac, Jacques Morize a migré de Paris à Lyon, découvrant la Cité des Gaules au hasard de déambulations et de libations qui ont alimenté son imagination. Tel un commissaire Brunetti, en plus truculent et dynamique, voici Séverac confronté à une ville mystérieuse autant qu’à une famille décomposée...

Ce fut aussi – une coïncidence bienvenue – l'occasion de célébrer la vente du millième exemplaire des enquêtes du commissaire Séverac estampillé “Éditions AO”. À l'ouverture de la librairie, en effet, notre décompte était le suivant :
* Ces deux épisodes ont été réédités aux éditions AO dans des versions entièrement révisées par l'auteur et l'éditeur. L'Inconnu de la Tête d'Or et le Diable de Montchat sont sortis il y a quelques jours seulement.

Total ? 993 exemplaires ! Ce serait donc le septième exemplaire de la série vendu ce samedi qui allait devenir le n°1000…


Le hasard le destina à notre ami Gérard Coquet, par ailleurs auteur de polars lui aussi, y compris aux éditions AO avec sa nouvelle dans le recueil “Irresponsable ?” qui vient de paraître. Autre coïncidence, Gérard Coquet, entre autres compétences, est expert-comptable. La preuve qu'il est expert des décomptes, puisqu'il a été capable, sans préméditation aucune, de compter juste !


Merci et bravo à lui !


La température monte… jusqu'à 180 degrés (ou presque) dans la librairie du Parc !


Cécile, fidèle lectrice des éditions AO, fait le plein de dédicaces auprès de Jacques.


Dialogue avec un lecteur…


Vue depuis la vitrine… avec un livre sur Paul McCartney, d'ores et déjà réservé par l'auteur de ces lignes.

Le nouveau Connelly

Jusqu'à l'impensable, de Michael Connelly

Comme le rappelle la quatrième de couverture : “Michael Connelly a vendu plus de 60 millions de livres dans le monde”.  Je dois dire que j'ai contribué à ce chiffre impressionnant, à hauteur d'une vingtaine, avec enthousiasme le plus souvent. Mes romans préférés sont plutôt ceux mettant en scène l'avocat Mickey Haller, avec ces récits de procès à la dramaturgie éprouvée. Constatant qu'il était partie prenante de ce nouvel opus, je me suis laissé tenter par l'édition qui vient de sortir (Calmann-Lévy, 388 pages, 21,90 €).

Le véritable héros du livre sera cependant l'inoxydable Harry Bosch, demi-frère de Mickey Haller, que ce dernier a appelé à la rescousse pour l'aider à innocenter son client Da'Quan Foster, accusé de meurtre. L'ancien policier, désormais en retraite, doit surmonter ses réticences : il va en effet passer “de l'autre côté” en se mettant au service d'un avocat de la défense…

Michael Connelly a du métier. Il sait nous intéresser à la minutie des enquêtes de son Harry Bosch, mettre en place les conditions d'un suspense sinon haletant, du moins stimulant. Dommage que Haller soit relégué au second plan ! J'ai “marché”, comme d'habitude, avec un enthousiasme moindre toutefois.

Quand on a “vendu 60 millions d'exemplaires”, il doit être possible d'apporter du soin à ses romans, et de rémunérer suffisamment un traducteur pour que la lecture en français soit agréable. Difficile de savoir où cela “pèche”. Toujours est-il que des ambiguïtés facilement évitables parsèment ce texte, altérant le plaisir de lecture.

Premier exemple : on apprend page 31 que Haller est avocat dans “l'affaire Lexi Parks”. Bien. L'appellation viendrait-elle d'un jardin public, de la raison sociale d'une entreprise ? Non. Page 40, on comprend au détour d'une phrase que c'est une victime : “…le type qui a tué Lexi Parks”. D'accord. Il faut encore attendre une quinzaine de pages pour savoir que la victime est une femme, “directrice adjointe des services municipaux”. Ah, bien ! Lexi ? Quel drôle de prénom… Vingt pages plus loin, enfin !!, on nous explique que l'identité exacte de cette femme est Alexandra Abbott Parks. Eurêka ! Lexi est donc le diminutif d'Alexandra. Vous le saviez ? Eh bien, pas moi, désolé…

Second exemple  : même problème pour le client de Mickey Haller. Cet homme, suspecté d'assassinat, s'appelle Da'Quan Foster. Une fois encore, je ne suis pas un expert des États-Unis. À l'auteur de m'en dire plus. Il me faudra attendre la page 101, soit plus du quart du livre, pour apprendre qu'il s'agit d'un Noir – élément déterminant dans le contexte racial pour le moins troublé des USA !

Quelques petites maladresses plus drôles qu'autre chose, mais qu'on ne m'aurait sûrement pas pardonnées dans les livres que j'édite.

Ce fameux “livre du meurtre” que les policiers comme Bosch compilent pour récapituler l'intégralité d'une enquête. Je ne sais pas… le terme me dérange. Un “livre” me fait plutôt penser à un objet fini, d'un seul tenant, alors qu'il s'agit en pratique d'un dossier, qui s'enrichit sans cesse – y compris a posteriori dans les fameux cold cases. Est-ce que “dossier du meurtre”, voire “dossier de l'assassinat” n'aurait pas été une traduction plus pertinente ?

Harry Bosch ne se prénomme pas Harry – comme vous le savez probablement. Cette manie des nicknames américains a le don de m'horripiler, confer “Lexi” Parks ou “Mickey” Haller (rien à voir avec Disney). Harry Bosch, donc, se prénomme en réalité Hieronymus. Il est donc un homonyme du peintre hollandais du XVe siècle, précise Wikipédia.
Deux des “méchants” qui espionnent Bosch et Haller dialoguent ainsi page 166 :
« – On reste sur le peintre ?
C’était comme ça que Long appelait Bosch maintenant – à cause du peintre. Ce qui agaçait Ellis. »
Pourquoi donc Long appelle-t-il Bosch “le peintre” ? À cause du peintre…
Eh bien, voilà qui est clair !
Plus drôle, ce calembour involontaire, toujours dans le dialogue entre Ellis et Long (page 167) :
« – Tu veux que j’entre ? demanda Long.
– Non, reste tranquille. Ça ne sera pas long. »
Ha, ha, ha !

samedi 16 septembre 2017

Nos lectures estivales

Si j'édite des livres, c'est que j'aime la lecture. Une évidence qu'il n'est pas superflu de rappeler. Durant cet été 2017, j'ai eu de la chance dans mes choix de romans. Je vous commente ci-dessous quelques-uns des livres que j'ai eu la joie de lire cet été.
Jean-Luc Tafforeau - éditions AO

Rhapsodie française, Antoine Laurain

Antoine Laurain est “ma découverte de l'été”. J'avais lu Le Chapeau de Mitterrand, qui l'avait fait connaître en 2012. Idée amusante, bien traitée, quoique parfois trop systématique. Rhapsodie française est à mon avis supérieur. Le docteur Massoulier reçoit une lettre avec 33 ans de retard. La Poste vient de la retrouver en démontant un vieux meuble. Dans ce courrier, un producteur annonçait à un groupe rock qu'il était retenu pour une audition. Fasciné par ce retour soudain du passé, Massoulier part à la recherche de ses anciens amis musiciens.
C'est très bien construit, avec une chute maligne. L'humour apporte de la légèreté à ces évocations de destins humains : un entrepreneur du Net que l'on incite à s'engager en politique, un artiste-contemporain imbu de lui-même, un leader d'extrême-droite complètement mégalo. L'auteur prend un plaisir manifeste à pasticher Houellebecq ou Bellanger, avec souvent plus de pertinence – et surtout plus de drôlerie ! Il en reprend la conjugaison à l'imparfait qui déplace le point de vue sur notre présent dans un futur proche rétrospectif, typique des deux auteurs précités.

La Femme au carnet rouge, Antoine Laurain

De quoi avoir envie de lire d'autres romans de ce Laurain de talent. Avec cette Femme au carnet rouge, on passe à un registre plus délicat, plus simple et plus émouvant. La construction de l'intrigue est de nouveau réussie et subtile, alors qu'un homme, libraire de son métier,  a ramassé un sac dans la rue tente de retrouver sa propriétaire. Plaisir de lecture avec de la sensibilité sans sensiblerie.
Ma seule critique ? Le parti de ne pas identifier les dialogues, ni par des tirets ni par des guillemets. Certes, ça “coule” autrement, mais je dois dire que je préfère la typographie habituelle. Un détail, sans doute suggéré par mon métier d'éditeur !

Carrefour des nostalgies, Antoine Laurain

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? On retrouve dans ce roman les thèmes de Rhapsodie française, en plus grave. L'auteur adapte son style à chacun des sujets traités dans ses romans, une qualité à souligner. Il s'agit cette fois d'un homme politique qui part à la recherche de ses origines après un échec électoral cuisant. Sa quête, parsemée de jolies coïncidences, va remettre en question sa vie entière.
Au-delà d'un réel suspense, on apprécie la finesse psychologique de l'histoire qui évite les excès tout en allant assez loin dans l'analyse des émotions.



Fume et tue, Antoine Laurain

Aucune raison de s'arrêter en si bon chemin ! J'ai dû commander ce livre chez mon libraire, car il n'a pas été réédité en poche (les précédents sont tous disponibles chez J'AI LU, celui-ci l'est aux éditions Le Passage). Est-ce parce qu'il traite du tabagisme sur un mode bien peu politiquement correct ? En tant qu'éditeur, c'est “le” titre que j'aurais aimé trouver ! Il faut, je crois, être ou avoir été fumeur pour apprécier ce roman. La trame de l'histoire s'organise autour des efforts d'un homme pour arrêter de fumer, à l'époque où les lois interdisant de fumer dans les lieux publics viennent d'entrer en vigueur. Les conséquences inattendues d'une séance d'hypnose vont faire basculer Fabrice Valentine…
Ce serait une erreur de ne voir que le versant “polar” du roman. Car il est, avant tout, une chronique fine et intelligente des causes et des conséquences de l'addiction au tabac. C'est peut-être ce mélange des genres qui a coûté au roman sa réédition en poche. Quel dommage ! Tous les ministres de la Santé (et de l'Intérieur) devraient le méditer ! J'imagine d'ailleurs une couverture reprenant les photos et la charte graphique de nos “paquets neutres”, ce serait parfait…
Ce roman est, à mes yeux, le meilleur de tous. Cette capacité à combiner humour, intrigue policière, psychologie et introspection sans aucune faute de goût m'a impressionné.

O.N.G !, Iegor Gran

L'un de mes livres préférés de ces dernières années est L'Écologie en bas de chez moi, de Iegor Gran. Le ton virulent, toujours drôle, de l'auteur dans sa dénonciation des approximations, parallèles dangereux et tics de communication de certains milieux écologistes m'avaient ravi. L'auteur y ajoutait un usage malicieux et jubilatoire des notes de bas de pages qui mériterait à lui seul un prix !
C'est pourquoi je me suis procuré le roman qui l'avait rendu célèbre, O.N.G ! Avertissement : l'humour, ici, est dévastateur, cruel, radical et terrible. Les deux ONG qui se font la guerre dans cet immeuble de bureaux, aveuglés par leurs certitudes, basculent dans une violence grotesque, jusqu'au finale carrément sordide. En un sens, cette violence qu'on peut trouver surjouée ne ressemblerait-elle pas à la violence symbolique de la “com'” dans ses pires dérives, que l'on côtoie quotidiennement dans les médias ?
À noter une trouvaille de vocabulaire qui résume bien le ton du roman : les membres de La Foulée verte, association écolo, remplacent le mot “bien” par “bio”, genre : « Tu vas bio, ce matin ? »

Au pays du p'tit, Nicolas Fargues

Ce prof de sociologie, la quarantaine, se complait dans la critique systématique de son pays, y compris dans ce colloque organisé à Moscou. Ce qui l'intéresse beaucoup plus, c'est de faire de nouvelles conquêtes féminines, quitte à adopter un cynisme total en manipulant les jeunes femmes qu'il convoite sans aucun remords.
L'humour s'éloigne, même si l'on rit intérieurement des déconvenues de cet être veule et bien peu sympathique. L'étude de mœurs de Nicolas Fargues fait mouche. L'errance de Romain Ruyssen soutient l'attention, car on ne cesse de se demander : “Mais où va-t-il, ainsi ?” Les ultimes pages vous le révéleront… c'est pour le moins cruel.

Écrire à l'élastique, Nicolas Fargues et Igor Gran

Iegor Gran et Nicolas Fargues ont été découverts par les éditions POL (si je ne me trompe pas). Une maison d'édition que j'apprécie depuis qu'elle m'a permis de suivre René Belletto, un de mes auteurs-fétiches. L'éditeur a donc réuni ces deux écrivains dans un exercice de co-écriture que je trouve réussi. Il faut dire que le style et les thèmes de prédilection des deux romanciers se complètent à merveille (voir ce qui précède).
Ces pages d'“écriture à l'élastique” se dégustent avec plaisir, surtout en raison de la complicité de deux auteurs, manifeste du début à la fin. C'est écrit avec talent et inventivité, sans affectation, écueil fréquent dans ce genre d'exercice littéraire. Une récréation littéraire bienvenue !

La Grande Arche, Laurence Cossé

Qui ne connaît pas cette “arche” de la Défense, gigantesque bâtiment en forme de cube édifié pour tenter de donner un semblant de cohérence au vaste désordre urbanistique de la cité d'affaires ? Mais qui connaît l'histoire de l'architecte qui l'a conçue ? Laurence Cossé a reconstitué pour nous la saga triste de cette construction emblématique, au travers du destin de son architecte, Johan Otto von Spreckelsen. Le Danois avait remporté le concours lancé pour les grands travaux de François Mitterrand. Cet homme discret et méthodique s'est trouvé soudain propulsé dans le milieu politico-administratif français. Ses compétences techniques limitées – il n'avait construit qu'une maison et quatre églises – rendront très difficile la construction de l'édifice, tandis que l'alternance politique de 1986 mettra en péril son financement. Le défi technique sera finalement relevé. Malheureusement, le monument n'avait aucune fonction précise. Il finira en banal immeuble de bureaux, tandis que son concepteur donnera carrément sa démission en plein chantier – décision inédite dans l'histoire de l'architecture – puis trouvera la mort avant que son œuvre ne soit achevée.

Laurence Cossé relate ses recherches, ses enquêtes, les entretiens qu'elle a menés, et nous livre un puzzle dont on peine parfois à assembler les pièces. Ce choix se défend par sa qualité littéraire, même si j'ai eu l'impression qu'un récit plus concret et linéaire aurait encore mieux fait ressentir le drame sous-jacent à ce chantier pharaonique. Car ce n'est pas rien que de construire une “arche” dont chaque côté mesure plus de 100 mètres, au point que Notre-Dame de Paris pourrait tenir sous le “toit” du bâtiment.
Pour avoir travaillé dans le milieu de la Caisse des Dépôts dans les années quatre-vingts, j'ai retrouvé des noms et des procédures familiers, tout en admirant la constance des acteurs de cette épopée, que ce soit Robert Lion (CDC) ou l'architecte Paul Andreu, mandaté pour transformer l'esquisse en réalité, une mission presque impossible.
Le parti pris de ne pas reproduire la moindre photo ou le moindre croquis dans le livre s'explique par le souhait de l'auteure d'être suffisamment évocatrice dans son texte. Il n'en demeure pas moins qu'y apporter quelques exceptions aurait été justifié – à mon sens du moins.

Le Front russe, Jean-Claude Lalumière

L'administration française est capable du meilleur comme du pire. Quoi que l'on pense de l'Arche de la Défense, la volonté et la persévérance des hauts fonctionnaires qui ont travaillé à sa réalisation force le respect. Avec ce Front russe, nous entrons dans le monde surréaliste d'une administration coupée des réalités, vivotant dans d'improbables “bureaux” à l'utilité douteuse.
Jean-Claude Lalumière nous conte la montée à Paris du jeune homme fraîchement reçu à un concours pour entrer dans la fonction publique des Affaires étrangères. Une gaffe monumentale entraîne sa placardisation immédiate dans le surréaliste bureau des pays en voie de création / section Europe de l'Est et Sibérie. L'une de ses premières requêtes consiste à demander l'enlèvement du cadavre d'un pigeon venu s'écraser sur les vitres, ce qui donne lieu à un échange de courriels à mourir de rire. L'auteur écrit avec recherche autant qu'avec humour. J'ai été ravi de relire ce livre sept ans après, en Livre de Poche cette fois, une édition très bien mise en pages et typographiée. L'humour, donc, – toujours lui ! – est omniprésent, donnant tout son sel à ce “remake moderne des Illusions perdues” (selon Livres Hebdo) que je ne saurais trop vous recommander.

Profession du père, Sorj Chalandon

La quatrième de couverture pourrait laisser penser qu'il s'agit de l'évocation d'une enfance des années soixante bercée par la poésie d'un père fantasque, prompt à la rêvasserie. Pas du tout ! On assiste dans ce récit cru et abrupt à la description de l'enfermement d'une famille – le père, la mère et leur fils – sous l'autorité pervertie d'un père psychotique et despotique, qui prétend être tout à la fois footballeur, espion, conseiller de De Gaulle… qu'il projette de faire assassiner. Le pauvre petit garçon de douze ans ne sait plus démêler le vrai du faux, veut à tout prix faire confiance à ce père qui, en réalité, le persécute. C'est déchirant, cruel, avec une fin d'une ironie terrible.
Le pouvoir d'évocation du récit, aussi invraisemblable qu'il paraisse, se distingue par sa crudité et sa concision… Reste-t-il de l'humour aux tréfonds de cette description presque clinique d'une folie paternelle ? Oui, si l'on observe l'ampleur des fantasmes relatés ; non si l'on songe au désarroi de la mère et de son fils assistant impuissants au naufrage d'un père.

Les Initiés, Thomas Bronnec

L'auteur, journaliste, connaît à la perfection le milieu de Bercy, ces hauts fonctionnaires chargés de mettre en œuvre la politique de “leur” ministre des Finances. Dans cette histoire, située en 2012 avec des personnages fictifs, il nous décrit la mécanique implacable de ces “initiés”, dircab, directeur du Trésor et grands banquiers, auxquels une ministre, aussi volontaire soit-elle, aura du mal à s'opposer.
Cette lecture est instructive, surtout au moment où un nouveau président de la République, qui plus est issu de Bercy, vient de prendre ses fonctions !
Il s'agit bien d'un suspense, même si le mystère à élucider de deux suicides n'est pas l'essentiel. C'est la description du fonctionnement de ces intervenants de l'ombre qui vaut d'entreprendre cette lecture. Notre regret est que le style soit tellement “sans fioritures” qu'il en devienne parfois insipide et peu clair. Un indice : le nombre de “tables basses” que l'on rencontre dans ces chapitres est phénoménal, au point que l'on se demande si un fournisseur n'a pas été adjudicataire d'une commande groupée de l'auteur pour les bureaux de ses personnages !

dimanche 30 juillet 2017

Sur le front d'Avignon - sur place en juillet

Une nouvelle fois, notre auteur et comédien Gaël Dubreuil était à l'affiche du festival OFF d'Avignon, avec la pièce de Michel Heim, Jeux de l'amour et du pouvoir. Cette année, la troupe disposait aussi du témoignage de leur précédent festival, en 2016, avec le livre Sur le front d'Avignon. Écrit par Gaël sur place, à la façon d'un journal, avec la participation de Michel Heim et de la comédienne Alis Guquet, ce livre est enrichi de photographies de Audrey Michel, Anthony Dall'Agnol et Frèd'Pierre. Durant trois semaines, du 7 au 30 juillet, la comédie Jeux de l'amour et du pouvoir a été donnée au théâtre de l'Étincelle. Le blog de Gaël Dubreuil vous retrace l'aventure dans sa version 2017.


Ci-dessus :
Sophie, chanteuse soprano, qui vient de découvrir sa photo dans le livre.

Revue de presse
L'accueil réservé à la pièce et au livre aura été favorable et émaillé de nombreux comptes rendus, articles et interviews.
« Tout ceux qui aiment ce festival devraient avoir à cœur de livre ce récit, pour comprendre la réalité de ceux par qui il existe : les artistes. » a écrit par exemple La Provence.


Anthony Dall'Agnol et Gaël ont eu également les honneurs de Vaucluse matin.

Gaël n'a pas été en reste dans les médias audiovisuels :

Revue de libraires
Le livre a eu l'honneur de figurer parmi les “Coups de cœur” de la FNAC d'Avignon, une mention qui récompense le travail de toute l'équipe qui a œuvré à construire ce très beau livre. Sur le front d'Avignon était également disponible à la Maison Jean-Vilar, qui héberge notamment la librairie du festival IN.
La librairie du OFF, Avignon Festival et Cies dispose encore de quelques exemplaires.
Les vitrines ont souvent mis en avant le volume de 164 pages, par exemple à La Mémoire du Monde ou la librairie du Spectacle, qui vient chaque année de Nice présenter un fond très riche sur le théâtre (entre autres choses).

Le livre est toujours disponible, en particulier à la FNAC d'Avignon, mais aussi sur commande dans toutes les librairies abonnées à Dilicom ou Electre, ainsi qu'en ligne sur Amazon et le site des éditions AO (règlement PayPal ou par chèque).

mercredi 19 avril 2017

Paris brûlera-t-il ? le nouveau suspense d'Éric Robinne

Produire un livre autrement
Aujourd'hui 19 avril, les éditions AO lancent un “projet” KissKissBankBank en vue de préfinancer la publication du suspense d'Éric Robinne, Paris brûlera-t-il ? pour un budget de 6000 €.

Adresse de la page KissKissBankBank :
www.kisskissbankbank.com/paris-brulera-t-il

Pourquoi du crowdfunding ? Pour un lancement ”équitable et raisonnable“ du livre. Publier un nouveau livre requiert des investissements en temps, en énergie… ne serait-ce que son écriture ! La collecte permettra de commencer à rémunérer tous les acteurs – auteur, imprimeur, illustrateur, éditeur, pour tout ce qu'ils ont entrepris, avant de poursuivre plus classiquement en sollicitant le réseau des libraires. Vous pourrez en savoir plus sur la démarche en lisant la seconde partie de ce billet de blog.

Pour le plaisir des livres partagés

Le réseau des lectrices et lecteurs ainsi sollicité bénéficiera de “contreparties” attrayantes, comme l'édition spéciale de Trois petits courts, recueil inédit de nouvelles d'Éric Robinne, mais aussi des livres déjà publiés aux éditions AO tels Flinguer le président c'est mal ! (Daniel Safon), Pique rouge, Cœur noir (François Boulay) ou le recueil À Table ! (Dora-Suarez-leblog), auquel Éric Robinne a contribué.
De véritables “boîtes surprises” à prix modiques, disponibles uniquement sur KissKissBankBank.

Mais tout d'abord, le budget
Il se décompose en 4 rubriques :
• Impression des livres : 1200 €
• Logistique et promotion : 1700 €
• Conception et réalisation du livre : 1500 €
• Rémunération de l'auteur et du photographe : 1600 €



• Impression des livres.................. 1200 €
Le stock “de départ” destiné (1) aux contreparties des fonds collectés et (2) aux ventes en librairies ultérieures, sera au minimum de 400 exemplaires, soit un budget de 1000 €. S'y ajoutent les 100 ex du “livre-bonus” et les marque-pages, soit environ 200 €

Logistique et promotion................ 1700 €
Les contreparties seront envoyées aux contributeurs par la Poste, pour un coût unitaire moyen (lettres ou colissimo) d'environ 5,50 €, soit, pour 200 contributions, 1200 €
Les frais de collecte facturés par KissKissBankBank sont de 8% soit à peu près 500 €

Conception et réalisation du livre..... 1500 €
Le temps passé par l'éditeur dans ces tâches – mise en pages, révision-correction, conception de la couverture, démarches administratives – représente une quarantaine d'heures. Compte tenu des cotisations sociales acquittées par tout travailleur indépendant, le tarif de 40 € de l'heure correspond à un revenu (comparable à un salaire) d'environ 25 €, pour une quarantaine d'heures, sachant qu'aucun indépendant ne facture toutes ses heures de travail chaque mois.

Auteur (et photographe)................ 1600 €
L'idée-force de ce préfinancement est de tendre vers l'équité entre l'auteur et l'éditeur, sous la forme d'un minimum garanti équivalent au budget de conception ci-dessus. Si cette somme ne rémunère pas la totalité du travail de l'écrivain, loin s'en faut, elle en constitue au moins une amorce, versée dès la parution, sans attendre, et garantie quelles que soient les ventes ultérieures. Nous avons convenu avec l'auteur d'un taux de droits plus important pour les souscriptions via KissKissBankBank, afin de commencer à “amortir” plus rapidement l'à-valoir.
Est aussi incluse dans cette somme la rémunération du photographe (Philippe Setbon) pour le cliché reproduit en couverture, soit un minimum garanti de 250 €.

Au final, ce budget aura permis une rémunération aussi substantielle et équitable que possible des acteurs ayant concouru à la concrétisation du livre, avant d'envisager la suite, à savoir la commercialisation en librairie.

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Pour en savoir plus sur les tenants et aboutissants de ce mode de financement, vous pouvez lire ce qui suit…

Publier des livres, autant de défis pour tout éditeur. Aux éditions AO, nous avons choisi de travailler à une échelle modeste – chaque titre est imprimé à quelques centaines d'exemplaires, notre “record” étant légèrement au-dessus de 1000.

Small is beautiful ? Assurer nous-mêmes la diffusion réduit certes les volumes envisageables, mais évite le coût (55-60%) et les aléas (faillites) des diffuseurs extérieurs. Quels sont nos motivations ? Avant tout l'enthousiasme que nous procure la “publication” – rendre public – des textes des auteurs. Il y a du “rêve réalisé” dans cet acte. Ce faisant, il s'agit aussi de nous assurer un revenu d'existence – le terme est choisi à dessein. Or, comme tous les défis ne réussissent pas, les risques pris doivent déboucher sur une combinaison favorable de succès et d'échecs, du moins en termes de ventes, sans que ce critère ne soit le seul à prendre en compte d'un point de vue artistique.

Les éditions AO publient de quatre à dix livres par an au mieux. Dans quel ordre les acteurs concourant à ces publications sont-ils rémunérés ?

L'imprimeur tout d'abord. Car il faut “fabriquer” les livres avant de les vendre. La fascination pour l'objet livre ne suffit pas. Avant de tenir entre ses mains un livre-papier, il doit être soigneusement conçu.

Et l'auteur, alors ? On le sait : tant de gens écrivent, tant de gens rêvent d'être publiés que la pression à la baisse sur la rémunération de ce travail… évidemment indispensable (!) est forte. C'est ainsi. Aux éditions AO, nous ne prétendons pas être plus “malins” que les autres. Donc, le versement des droits d'auteur a lieu a posteriori, et sont calculés semestriellement cependant, sur la base de taux “raisonnables”, majorés lorsque les ventes sont réalisées sans intermédiaires. Avec cette opération KissKissBankBank, nous tentons, modestement, d'anticiper la rémunération de l'auteur.

Passer du manuscrit tapuscrit aujourd'hui – à un livre fini exige un travail préparatoire peu connu du grand public. La mise en pages, consistant à passer d'un document Word à un vrai livre est beaucoup plus complexe qu'elle n'y paraît. Ne pas s'en rendre compte est d'ailleurs la meilleure preuve que ce travail a été bien fait. La lecture est fluide, agréable, rythmée par les pages et les fins de chapitres.

Le texte doit aussi être “toiletté” en vue d'une lecture plaisante, pour en ôter les “aspérités” et imperfections. C'est le rôle de la “révision-correction”, qui va bien au-delà de la vérification de l'orthographe. Tout cela demande du temps, et est du ressort de l'éditeur. Investir tout ce temps – et donc cet argent, au sens de revenu – et devoir attendre la toute fin de l'exploitation d'un titre, parfois plusieurs années, n'est pas toujours confortable loin de là.

Les libraires, enfin. Les livres des éditions AO sont référencés chez Electre et Dilicom, ce qui permet à tout libraire de nous contacter pour des commandes de leurs clients. Nous accordons les remises habituelles (30 à 35%) ainsi que la prise en charge du port, assez élevé par la Poste (plus de 4 €, soit tout de même 20% d'un livre à 20 €). En parallèle, des dépôts sont effectués chez les libraires de notre réseau ou qui ont noué des relations privilégiées avec nos auteurs. Et là, tout le monde s'y retrouve, puisque plusieurs de ces libraires-pilotes ont vendu chacune plus de 100 exemplaires d'un titre. De beaux scores dont même les best-sellers rêveraient !

Conclusion ? Et si, au final, il valait mieux aider une entreprise quand elle est encore debout – plutôt que d'attendre qu'elle soit menacée pour manifester votre solidarité avec son objet social ? Ne nous leurrons pas : l'édition s'exerce dans une équation économique extrêmement contrainte. Une opération comme celle-ci, qui s'appuie sur un auteur au talent confirmé, permet aussi de faire émerger de nouveaux talents, partie intégrante de la “mission” des éditions AO.

vendredi 24 mars 2017

Interview à “Autour du livre” (Sainte-Foy-l'Argentière)

À l'occasion de la matinée du 18 mars à la bibliothèque de Sainte-Foy-l'Argentière, dans le cadre du “mois du polar”, sa responsable, Jocelyne Rolland, a réalisé une interview de Jean-Luc Tafforeau (éditions AO) pour  Radio Modul :
Cliquez ici pour l'écouter (et choisissez l'émission datée du 21 mars). Vous y apprendrez notamment d'où vient la dénomination “AO - André Odemard” – si vous ne le savez déjà.


Cette matinée rassemblait donc la responsable de la bibliothèque et son public de lectrices et lecteurs autour de Gaël Dubreuil, auteur de À qui profite le Kir®?, publié aux éditions AO. L'éditeur, qui avait promis d'apporter les exemplaires du livre, probablement sujet à un jet lag étrange, est arrivé avec une heure de retard, créant un mémorable suspense… “apéritif”, vite concrétisé dans la dégustation d'un véritable apéritif, dont la recette demeurera… secrète ! Les éditions AO remercient l'ensemble des participantes, en particulier madame Monique Allix-Courboy, adjointe au maire qui nous a honorés de sa présence.

lundi 27 février 2017

Quand le diable sortit de la salle de bain - Sophie Divry

Le roman de Sophie Divry, Quand le diable sortit de la salle de bain, m'a procuré une lecture stimulante à bien des égards.

Cette chronique de la vie précaire de la narratrice – qui porte son prénom – met les points sur les i en dénonçant les galères auxquelles sont confrontés tant de nos concitoyens, en particulier les plus jeunes. Les fins de mois avec à peine 1 € par jour pour ne serait-ce que se nourrir, les atermoiements et menaces des organismes sociaux, les facturations soudaines et aléatoires des fournisseurs de services de base (électricité, eau), tout est minutieusement décrit… avec un humour dévastateur.


Les fantaisies textuelles – l'éditeur qualifie avec raison l'auteure de “facétieuse” – dynamitent la lecture, et font la preuve des virtuosités de Nord Compo, dont j'ai remarqué la signature dans nombre de livres, garantie d'une mise en pages exemplaire (je conserve certains de ces livres pour m'inspirer et me cadrer dans mes travaux d'édition).

Facéties sur la forme, mais aussi sur le fond, avec ces énumérations répétitives occupant parfois plusieurs pages… Il faut oser, car le lecteur risque de se lasser en dépit de l'humour et d'une aisance indéniable de l'auteure dans le maniement des mots. On songe à la liste des “hommes qu'elle n'aime pas”, soit 5 pages compactes, très instructives au demeurant ! Bien vue également, la description détaillée des tâches d'une serveuse de restaurant, qui nous fait prendre soudain conscience de la difficulté de ce métier, trop souvent vanté par Pôle Emploi comme à la portée de tout un chacun, pour cause d'offres non pourvues – on comprend mieux pourquoi, bravo !

N'empêche ! Il faut oser, pour inclure de telles digressions et acrobaties dans un roman ! En tant qu'éditeur, voilà qui me rassure, ou du moins me conforte quand je me trouve plongé dans des abîmes de perplexité ou de manque de confiance… Que Le Monde des Livres, cité en quatrième de couverture, soit positif m'a bluffé. Soumettre aux si sérieux critiques de ce journal un pareil texte m'aurait carrément fait paniquer. Eh bien non, les voici louant la “réponse bravache à la pauvreté matérielle du quotidien”, ce qui est assez juste. Ouf !

Il reste que la fin est abrupte, en dépit des “bonus” offerts à la façon d'un DVD. Elle pourrait même être interprétée dramatiquement. Constatant la réussite de l'auteure et ses succès de librairie, peut-être qu'oser une happy end aurait été jouable, rassérénant le lecteur un brin désespéré pour s'être identifié à la narratrice. On songe à la “résidence d'écrivaine” obtenue, si l'on a bien compris, pour achever l'écriture du roman. Son titre initial, simple et direct, était “Chômage”. Il est devenu carrément alambiqué, avec ce diable qui sortit de la salle de bain – “bain” sans S, contrairement à ce que je corrige sans cesse dans les tapuscrits que j'édite. Comme quoi les titres peuvent aussi recéler des coquilles. Celle-là est plus amusante qu'autre chose, et sujette à caution, éternelle question du pluriel dans ce type d'expressions, sans réponse incontestable.

Enfin, le roman se déroule à Lyon, sur les pentes de la Croix-Rousse, autre référence élégamment campée par l'auteure. Pour être Lyonnais d'adoption depuis quelque vingt années, j'ai ressenti comme juste l'ambiance décrite, ou plutôt l'état d'esprit qui filtre de cette chronique désabusée. D'ailleurs, j'ai imaginé que le nom de l'auteure pouvait être un pseudonyme, sur le mode de Virginie “des pentes” (de la Croix-Rousse), une écrivaine “d'Ivry” faisant penser à la commune du sud de l'Île-de-France…

Jean-Luc Tafforeau, éditions AO

vendredi 10 février 2017

Les Enfants du Cèdre - un livre-témoignage

Le hasard a ses politesses : c'est le jour de mon anniversaire, le 14 novembre dernier, que j'ai été sollicité pour la réalisation d'un livre pour le compte de trois auteures, qui souhaitaient l'auto-éditer en vue d'une diffusion restreinte.

La soixantaine arrivée, trois sœurs lyonnaises travaillaient depuis plusieurs années à l'écriture d'un livre de souvenirs, afin de les transmettre à leur famille autrement que par la tradition purement orale. Elles recherchaient quelqu'un capable de “transmuter” le tapuscrit en “vrai livre”. Timidement, elles m'indiquèrent que ce serait bien qu'il soit au pied du sapin le 25 décembre. Le délai était serré !

Le symbole de leur enfance se trouvait être non pas un sapin, mais un cèdre. Un arbre vénérable, qui trônait dans le jardin de la maison familiale que leurs parents louaient dans les années cinquante. La maison a été démolie… mais le cèdre, lui, est toujours là ! C'était au pied de ce cèdre que s'était tenue une réunion de famille, au terme de laquelle le serment avait été scellé : Claudine, Danièle et Noëlle rédigeraient ces souvenirs et en feraient un livre…

Mission accomplie : la petite centaine d'exemplaires nous parvenaient le vendredi 23 décembre, juste à temps !

Dans l'intervalle, j'avais soigneusement révisé le texte – orthographe, typographie, ajustements de vocabulaire – et mis en pages le livre, en incluant un cahier de photographies en couleur. Je m'étais chargé des démarches administratives permettant d'obtenir le “césame” de l'édition : un ISBN (International Standard Book Number).  J'ai enfin aidé les auteures à la conception d'une couverture (à rabats), au choix des papiers intérieur et extérieur, et piloté le processus d'impression.

Résultat, un bien bel objet, qui symbolise une fois encore ce “pouvoir des livres” célébré par Paul Auster dans son livre Broolyn Follies, et que les éditions AO citent souvent, tant il est manifeste.

Les Enfants du Cèdre, édité sous le sigle CDR (les prénoms des trois sœurs), ISBN 978-2-7466-9730-0, 172 pages format 13 x 20,5 cm, cahier de 17 photos. Descriptif détaillé sur le site des éditions AO.

Jean-Luc Tafforeau, gérant des éditions AO

À droite : La couverture à rabats est imprimée sur un papier très légèrement teinté, aux fines rainures verticales, illustrée d'une vue du “cèdre” de nos jours, en noir et blanc.
 De gauche à droite : dans les rayons d'une bibliothèque, la couverture et le cahier de photos.

samedi 21 janvier 2017

Pour une année “oasis”

Le mois de janvier file, file… mais, il est encore temps de poster nos vœux sur ce blog…


Feuilletant un dictionnaire à la lettre O – pour dénicher un mot complétant le A des éditions AO – nous sommes tombés sur “oasis”, notant que ses deux premières lettres correspondaient à notre sigle inversé. D'où la formule ci-dessus… Rien à voir avec une boisson ! Dans ce monde saturé de messages, d'alertes en tous genres, de tweets, de SMS, de mails et autres sollicitations qui interrompent notre concentration, un éditeur – créateur de livres – se hasardait à vous souhaiter des heures de lecture protégées, des moments privilégiés en tête-à-tête avec des auteur(e)s, à tourner les pages et expérimenter le “pouvoir des livres”.

Voici la reproduction des vœux inclus dans notre emailing du 17 janvier dernier. Le 17 ? Comme 2017, ça tombait à pic !
« Que le “pouvoir des livres”, que Paul Auster nous invite à ne “jamais sous-estimer”, vous offrent à toutes et à tous de belles oasis de paix et de sérénité : se plonger dans un livre, privilège immense dans notre société éclatée et éparpillée “façon puzzle”, autant d'occasions de se déconnecter et de se réunifier, autant de moments de partage avec nos auteur(e)s. »
Politique-fiction : un art difficile !
L'année 2017 promet d'être agitée… ne serait-ce que politiquement, avec cette élection présidentielle incertaine, fluctuante, suscitant emballements, affrontements, avalanche de candidatures redondantes, primaires aux résultats aussi imprévus que douteux – nous verrons demain, dimanche 22.
Car la politique-fiction est un art difficile, dont les scénarios se périment à toute allure.
Le roman de Houellebecq, Soumission, qui vient de reparaître en format poche, n'échappe pas à cet écueil. Il imagine en effet l'élection présidentielle de 2022, au terme du second mandat de François Hollande, réélu en 2017 contre Nicolas Sarkozy (!), et dont Manuel Valls serait le premier ministre (re-!). Marine Le Pen serait en tête du premier tour, un front républicain inédit se préparerait… Retour vers le futur, ou fiction déjà dépassée ? Quand l'auteur évoque des “touristes armés de caméscopes”, on mesure combien il est risqué de se projeter dans l'avenir, aussi proche soit-il…

Mais revenons à l'édition !
La semaine passée, les éditions AO ont enregistré leur huit millième vente de livre, à l'orée de leur huitième année d'exercice. Mille exemplaires par an, un chiffre à la fois modeste et conséquent. Auto-diffusées, les éditions AO doivent en effet déployer énergie, enthousiasme, professionnalisme et opiniâtreté pour que leurs livres trouvent leurs publics.

L’activité des éditions AO reste d’une échelle modeste : vendre 1000 exemplaires par an est un vrai défi, sachant que nous ne nous sommes pas engagés dans la diffusion “universelle”, trop risquée – imprimer 3000 exemplaires, les confier à un diffuseur… et risquer de devoir en pilonner 2500. Nos canaux de distribution sont le web (ventes sur le site AO par PayPal, présence sur Amazon, incontournable), les librairies (référencement dans les bases de données Dilicom et Electre) surtout quand elles acceptent de “mettre en avant” les livres AO (exemple de Vivement Dimanche à Lyon, qui a écoulé 90 exemplaires de Crimes à la Croix-Rousse), ainsi que les auteurs (séances de dédicaces, salons du livre, activation de leurs réseaux personnels).

Ci-dessous la répartition des ventes de 2016 (cliquez pour zoomer). Si tout va bien, nous aimerions doubler ce score en 2017 – mais rien n’est joué !


Et pour tout dire (titre de la dernière publication AO), cette activité éditoriale n’est ni un hobby, ni du mécénat, ni du bénévolat. Étant travailleur indépendant, le gérant des éditions AO tire ses revenus exclusivement de son activité, autrement dit des rentrées de chiffre d’affaires (et d’honoraires pour la partie informatique). Allier prise de risques éditoriaux, rentabilité (modeste) et enthousiasme sont nos trois motivations. Continuons le combat !

Pour 2017, sont d’ores et déjà inscrits au programme la parution de nouveaux romans d’auteurs AO : Henry Carey, Jacques Morize et Daniel Safon. La collection Dora-Suarez-LeBlog s’enrichira d'un troisième opus, Au fil de l’eau. Une incursion dans le domaine de la musique est sur le point de se concrétiser, avec Paul McCartney, la playlist des années solo, signé de… votre serviteur. D’autres projets sont en préparation, même s’il est encore trop tôt pour les dévoiler.

Et si vous trouvez que le temps “file” trop vite, comme nous le remarquions en préambule, allez voir le dernier film de Jim Jarmusch, Paterson. Sept jours de la vie d'un jeune couple. Lui, chauffeur de bus, elle artiste en devenir, rêvant de mettre au monde des jumeaux. Il y est question de création : Paterson écrit de magnifiques poèmes sobres et concis, sa compagne agrémente leur environnement de motifs noirs et blancs : rideaux, vêtements et pâtisseries ! Un chien facétieux observe leurs gestes d'un œil goguenard… Au fil des jours, le spectateur ressent comme un ralentissement du temps, prend conscience du merveilleux qui se niche dans les petits faits du quotidien, vibre avec les êtres profondément humains qu'il voit vivre sur l'écran… jusqu'à avoir la sensation d'arrêter, de suspendre l'écoulement du temps, en symbiose avec la délicate poésie qui émane de ces deux jeunes Américains. C'est stupéfiant ! Et ce n'est qu'en rallumant son portable en sortant du cinéma qu'on s'avise que le réalisateur les a bannis du quotidien de ses personnages… Ce n'est pas un hasard. Nous avons vécu une heure trente durant dans un oasis cinématographique !