vendredi 12 avril 2013

Interview de Jean-Luc Tafforeau, gérant des éditions AO

Mise à jour de mai 2015
Créer une maison d'édition, ce n'est pas si répandu, qu'est-ce qui vous a motivé ?
Avant tout la passion du livre et de l'écriture. J'ai eu la chance d'être édité chez Fleuve Noir il y a une quinzaine d'années, et je souhaitais à mon tour apporter aux auteurs la joie d'être publiés, d'autant que le livre en tant qu'objet me fascine depuis l'enfance…
La passion suffit-elle ?
C'est un moteur, mais son carburant, à mon sens, doit être le réalisme. J'ai donc choisi une échelle modeste en tirant chacun de mes livres à quelques centaines d'exemplaires seulement, ce qui permet de réduire les risques tout en donnant leur chance à de plus nombreux auteurs.
Comment vit-on de l'édition ?
Ma profession principale est le conseil et l'assistance en ­informatique, l'édition de livres étant une activité complémentaire. Cela ne m'a pas empêché de publier une trentaine de titres depuis 2010, et de diffuser au total plus de 6 000 livres (dont 1 700 sur l’année 2014).
Quel rapport entre l'informatique et l'édition ?
Avant tout ce qu'on appelle la PAO – publication assistée par ordinateur – à laquelle la dénomination des éditions AO fait référence…
Et qui est André Odemard, alors ?
Mon grand-père maternel, qui encourageait mes rêves d'écriture quand j'étais enfant, et dont les initiales font un clin d'œil à notre présent technologique. Mais ce n'est pas tout, je me définis comme un “­informaticien littéraire”. Ma formation initiale, Sciences Po, n'est pas celle d'un ingénieur. Je m'attache avant tout à améliorer le lien entre les informaticiens et les utilisateurs, tout comme je le fais en éditant des livres, qui relient les auteurs aux lecteurs. En outre, créer un livre, objet bien réel, me permet de sortir du virtuel de l'informatique. C'est un retour sur terre salvateur !
Vous êtes installé à Villeurbanne. Êtes-vous un éditeur régionaliste ?
Les éditions AO ne sont pas régionalistes, au sens où elle ne sélectionnent aucunement leurs publications selon des critères régionaux – tant dans les thèmes que pour les auteurs. Être installé en Rhône-Alpes a bien sûr permis de saisir des opportunités locales, par exemple le roman de Jacques Morize, Le Fantôme des Terreaux, une enquête policière se déroulant à Lyon.
Qu'est-ce que vous préférez, dans votre métier d'éditeur ?
Si je me suis engagé dans cette aventure, c'est parce que tout me plaît, dans ce métier. Cependant, le plus satisfaisant, me semble-t-il, est de concrétiser ce rêve que nous sommes nombreux à poursuivre : se “livrer”, être publié, autrement dit pouvoir passer quelques heures dans un tête-à-tête privilégié avec des lecteurs, par le truchement de ce merveilleux objet qu'est le livre. De ce point de vue, la phase de relecture et de révision, menée en liaison étroite avec les auteurs, est surprenante de richesse humaine. J’ai pris soin de suivre une formation à la révision de texte dirigée par Jean-Pierre Colignon, ancien correcteur du quotidien Le Monde. Je travaille également attentivement la mise en pages, les réglages typographiques : le livre est un objet beaucoup plus sophistiqué qu'on ne le croit, ce qui exige une grande subtilité dans sa composition.
Et le “commercial” ?
Parmi les actions de communication, les séances de dédicaces – auxquelles je participe souvent avec les auteurs – sont l'occasion de rencontres toujours émouvantes, d'une grande diversité. À chaque fois, je mesure l'importance que revêt le livre dans notre culture, ainsi que le rôle déterminant des libraires indépendants dans sa diffusion. J'ai beaucoup appris à leur contact !
En outre, plusieurs librairies que je qualifierais de « pilotes » ont mis en avant les livres des éditions AO, écoulant parfois plus de 100 exemplaires d’un titre à elles-seules. Un apport absolument fondamental !
Quelle est la ligne éditoriale des éditions AO ?
Je n'avais pas de raison de me limiter d'emblée à un seul genre. Je préfère me fier aux hasards des rencontres, aux rebonds de connaissances, à ce que je reçois, bien sûr, et sélectionne avant tout par “coup de cœur”. Je ne pourrais pas éditer des textes qui ne me plairaient pas. Côté romans, une dominante dans le “­polar” s'est très vite dessinée.
Vous limitez-vous aux premiers livres ?
Mon approche les privilégie, naturellement. Cela ne m'a pas empêché de publier des livres d'auteurs confirmés, comme Georges Moréas ou François Boulay (prix Quais du polar 2007). J'ai aussi eu la satisfaction de voir plusieurs de mes auteurs publiés ensuite chez d'autres éditeurs.
Vos récentes publications traitent d'alpinisme et de montagne…
J'ai eu la chance de pratiquer l’alpinisme, ceci explique cela. Par exemple, le livre de Jean-Claude Charlet, De Fils en Aiguilles, rassemble des récits de ses expériences, des portraits de clients, ainsi que des hommages à ses pairs. Il dessine une vision humaniste et inattendue du métier de guide de haute montagne !
Et pour cette année 2015 ?
Un auteur de polars renommé, François Boulay, vient de me confier un recueil de nouvelles stupéfiant, Pique rouge, Cœur noir… et j'en suis spécialement fier. Le thème de la montagne et de l’alpinisme s’est enrichi d’un roman, Là-haut, de Thierry Ledru. Un texte ambitieux, qui relate le chemin spirituel d’un guide victime d’un attentat, amputé tibial, qui va  essayer de redonner un sens à sa vie.
Que diriez-vous en conclusion ?
Je reprendrais une formule de Paul Auster que je trouve très juste : « Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des livres ». On ne mesure en effet jamais assez combien un livre concentre émotions et plaisirs, tant pour les lecteurs que pour les auteurs.
Mai 2015

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