mercredi 19 avril 2017

Paris brûlera-t-il ? le nouveau suspense d'Éric Robinne

Produire un livre autrement
Aujourd'hui 19 avril, les éditions AO lancent un “projet” KissKissBankBank en vue de préfinancer la publication du suspense d'Éric Robinne, Paris brûlera-t-il ? pour un budget de 6000 €.

Adresse de la page KissKissBankBank :
www.kisskissbankbank.com/paris-brulera-t-il

Pourquoi du crowdfunding ? Pour un lancement ”équitable et raisonnable“ du livre. Publier un nouveau livre requiert des investissements en temps, en énergie… ne serait-ce que son écriture ! La collecte permettra de commencer à rémunérer tous les acteurs – auteur, imprimeur, illustrateur, éditeur, pour tout ce qu'ils ont entrepris, avant de poursuivre plus classiquement en sollicitant le réseau des libraires. Vous pourrez en savoir plus sur la démarche en lisant la seconde partie de ce billet de blog.

Pour le plaisir des livres partagés

Le réseau des lectrices et lecteurs ainsi sollicité bénéficiera de “contreparties” attrayantes, comme l'édition spéciale de Trois petits courts, recueil inédit de nouvelles d'Éric Robinne, mais aussi des livres déjà publiés aux éditions AO tels Flinguer le président c'est mal ! (Daniel Safon), Pique rouge, Cœur noir (François Boulay) ou le recueil À Table ! (Dora-Suarez-leblog), auquel Éric Robinne a contribué.
De véritables “boîtes surprises” à prix modiques, disponibles uniquement sur KissKissBankBank.

Mais tout d'abord, le budget
Il se décompose en 4 rubriques :
• Impression des livres : 1200 €
• Logistique et promotion : 1700 €
• Conception et réalisation du livre : 1500 €
• Rémunération de l'auteur et du photographe : 1600 €



• Impression des livres.................. 1200 €
Le stock “de départ” destiné (1) aux contreparties des fonds collectés et (2) aux ventes en librairies ultérieures, sera au minimum de 400 exemplaires, soit un budget de 1000 €. S'y ajoutent les 100 ex du “livre-bonus” et les marque-pages, soit environ 200 €

Logistique et promotion................ 1700 €
Les contreparties seront envoyées aux contributeurs par la Poste, pour un coût unitaire moyen (lettres ou colissimo) d'environ 5,50 €, soit, pour 200 contributions, 1200 €
Les frais de collecte facturés par KissKissBankBank sont de 8% soit à peu près 500 €

Conception et réalisation du livre..... 1500 €
Le temps passé par l'éditeur dans ces tâches – mise en pages, révision-correction, conception de la couverture, démarches administratives – représente une quarantaine d'heures. Compte tenu des cotisations sociales acquittées par tout travailleur indépendant, le tarif de 40 € de l'heure correspond à un revenu (comparable à un salaire) d'environ 25 €, pour une quarantaine d'heures, sachant qu'aucun indépendant ne facture toutes ses heures de travail chaque mois.

Auteur (et photographe)................ 1600 €
L'idée-force de ce préfinancement est de tendre vers l'équité entre l'auteur et l'éditeur, sous la forme d'un minimum garanti équivalent au budget de conception ci-dessus. Si cette somme ne rémunère pas la totalité du travail de l'écrivain, loin s'en faut, elle en constitue au moins une amorce, versée dès la parution, sans attendre, et garantie quelles que soient les ventes ultérieures. Nous avons convenu avec l'auteur d'un taux de droits plus important pour les souscriptions via KissKissBankBank, afin de commencer à “amortir” plus rapidement l'à-valoir.
Est aussi incluse dans cette somme la rémunération du photographe (Philippe Setbon) pour le cliché reproduit en couverture, soit un minimum garanti de 250 €.

Au final, ce budget aura permis une rémunération aussi substantielle et équitable que possible des acteurs ayant concouru à la concrétisation du livre, avant d'envisager la suite, à savoir la commercialisation en librairie.

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––


Pour en savoir plus sur les tenants et aboutissants de ce mode de financement, vous pouvez lire ce qui suit…

Publier des livres, autant de défis pour tout éditeur. Aux éditions AO, nous avons choisi de travailler à une échelle modeste – chaque titre est imprimé à quelques centaines d'exemplaires, notre “record” étant légèrement au-dessus de 1000.

Small is beautiful ? Assurer nous-mêmes la diffusion réduit certes les volumes envisageables, mais évite le coût (55-60%) et les aléas (faillites) des diffuseurs extérieurs. Quels sont nos motivations ? Avant tout l'enthousiasme que nous procure la “publication” – rendre public – des textes des auteurs. Il y a du “rêve réalisé” dans cet acte. Ce faisant, il s'agit aussi de nous assurer un revenu d'existence – le terme est choisi à dessein. Or, comme tous les défis ne réussissent pas, les risques pris doivent déboucher sur une combinaison favorable de succès et d'échecs, du moins en termes de ventes, sans que ce critère ne soit le seul à prendre en compte d'un point de vue artistique.

Les éditions AO publient de quatre à dix livres par an au mieux. Dans quel ordre les acteurs concourant à ces publications sont-ils rémunérés ?

L'imprimeur tout d'abord. Car il faut “fabriquer” les livres avant de les vendre. La fascination pour l'objet livre ne suffit pas. Avant de tenir entre ses mains un livre-papier, il doit être soigneusement conçu.

Et l'auteur, alors ? On le sait : tant de gens écrivent, tant de gens rêvent d'être publiés que la pression à la baisse sur la rémunération de ce travail… évidemment indispensable (!) est forte. C'est ainsi. Aux éditions AO, nous ne prétendons pas être plus “malins” que les autres. Donc, le versement des droits d'auteur a lieu a posteriori, et sont calculés semestriellement cependant, sur la base de taux “raisonnables”, majorés lorsque les ventes sont réalisées sans intermédiaires. Avec cette opération KissKissBankBank, nous tentons, modestement, d'anticiper la rémunération de l'auteur.

Passer du manuscrit tapuscrit aujourd'hui – à un livre fini exige un travail préparatoire peu connu du grand public. La mise en pages, consistant à passer d'un document Word à un vrai livre est beaucoup plus complexe qu'elle n'y paraît. Ne pas s'en rendre compte est d'ailleurs la meilleure preuve que ce travail a été bien fait. La lecture est fluide, agréable, rythmée par les pages et les fins de chapitres.

Le texte doit aussi être “toiletté” en vue d'une lecture plaisante, pour en ôter les “aspérités” et imperfections. C'est le rôle de la “révision-correction”, qui va bien au-delà de la vérification de l'orthographe. Tout cela demande du temps, et est du ressort de l'éditeur. Investir tout ce temps – et donc cet argent, au sens de revenu – et devoir attendre la toute fin de l'exploitation d'un titre, parfois plusieurs années, n'est pas toujours confortable loin de là.

Les libraires, enfin. Les livres des éditions AO sont référencés chez Electre et Dilicom, ce qui permet à tout libraire de nous contacter pour des commandes de leurs clients. Nous accordons les remises habituelles (30 à 35%) ainsi que la prise en charge du port, assez élevé par la Poste (plus de 4 €, soit tout de même 20% d'un livre à 20 €). En parallèle, des dépôts sont effectués chez les libraires de notre réseau ou qui ont noué des relations privilégiées avec nos auteurs. Et là, tout le monde s'y retrouve, puisque plusieurs de ces libraires-pilotes ont vendu chacune plus de 100 exemplaires d'un titre. De beaux scores dont même les best-sellers rêveraient !

Conclusion ? Et si, au final, il valait mieux aider une entreprise quand elle est encore debout – plutôt que d'attendre qu'elle soit menacée pour manifester votre solidarité avec son objet social ? Ne nous leurrons pas : l'édition s'exerce dans une équation économique extrêmement contrainte. Une opération comme celle-ci, qui s'appuie sur un auteur au talent confirmé, permet aussi de faire émerger de nouveaux talents, partie intégrante de la “mission” des éditions AO.

vendredi 24 mars 2017

Interview à “Autour du livre” (Sainte-Foy-l'Argentière)

À l'occasion de la matinée du 18 mars à la bibliothèque de Sainte-Foy-l'Argentière, dans le cadre du “mois du polar”, sa responsable, Jocelyne Rolland, a réalisé une interview de Jean-Luc Tafforeau (éditions AO) pour  Radio Modul :
Cliquez ici pour l'écouter (et choisissez l'émission datée du 21 mars). Vous y apprendrez notamment d'où vient la dénomination “AO - André Odemard” – si vous ne le savez déjà.


Cette matinée rassemblait donc la responsable de la bibliothèque et son public de lectrices et lecteurs autour de Gaël Dubreuil, auteur de À qui profite le Kir®?, publié aux éditions AO. L'éditeur, qui avait promis d'apporter les exemplaires du livre, probablement sujet à un jet lag étrange, est arrivé avec une heure de retard, créant un mémorable suspense… “apéritif”, vite concrétisé dans la dégustation d'un véritable apéritif, dont la recette demeurera… secrète ! Les éditions AO remercient l'ensemble des participantes, en particulier madame Monique Allix-Courboy, adjointe au maire qui nous a honorés de sa présence.

lundi 27 février 2017

Quand le diable sortit de la salle de bain - Sophie Divry

Le roman de Sophie Divry, Quand le diable sortit de la salle de bain, m'a procuré une lecture stimulante à bien des égards.

Cette chronique de la vie précaire de la narratrice – qui porte son prénom – met les points sur les i en dénonçant les galères auxquelles sont confrontés tant de nos concitoyens, en particulier les plus jeunes. Les fins de mois avec à peine 1 € par jour pour ne serait-ce que se nourrir, les atermoiements et menaces des organismes sociaux, les facturations soudaines et aléatoires des fournisseurs de services de base (électricité, eau), tout est minutieusement décrit… avec un humour dévastateur.


Les fantaisies textuelles – l'éditeur qualifie avec raison l'auteure de “facétieuse” – dynamitent la lecture, et font la preuve des virtuosités de Nord Compo, dont j'ai remarqué la signature dans nombre de livres, garantie d'une mise en pages exemplaire (je conserve certains de ces livres pour m'inspirer et me cadrer dans mes travaux d'édition).

Facéties sur la forme, mais aussi sur le fond, avec ces énumérations répétitives occupant parfois plusieurs pages… Il faut oser, car le lecteur risque de se lasser en dépit de l'humour et d'une aisance indéniable de l'auteure dans le maniement des mots. On songe à la liste des “hommes qu'elle n'aime pas”, soit 5 pages compactes, très instructives au demeurant ! Bien vue également, la description détaillée des tâches d'une serveuse de restaurant, qui nous fait prendre soudain conscience de la difficulté de ce métier, trop souvent vanté par Pôle Emploi comme à la portée de tout un chacun, pour cause d'offres non pourvues – on comprend mieux pourquoi, bravo !

N'empêche ! Il faut oser, pour inclure de telles digressions et acrobaties dans un roman ! En tant qu'éditeur, voilà qui me rassure, ou du moins me conforte quand je me trouve plongé dans des abîmes de perplexité ou de manque de confiance… Que Le Monde des Livres, cité en quatrième de couverture, soit positif m'a bluffé. Soumettre aux si sérieux critiques de ce journal un pareil texte m'aurait carrément fait paniquer. Eh bien non, les voici louant la “réponse bravache à la pauvreté matérielle du quotidien”, ce qui est assez juste. Ouf !

Il reste que la fin est abrupte, en dépit des “bonus” offerts à la façon d'un DVD. Elle pourrait même être interprétée dramatiquement. Constatant la réussite de l'auteure et ses succès de librairie, peut-être qu'oser une happy end aurait été jouable, rassérénant le lecteur un brin désespéré pour s'être identifié à la narratrice. On songe à la “résidence d'écrivaine” obtenue, si l'on a bien compris, pour achever l'écriture du roman. Son titre initial, simple et direct, était “Chômage”. Il est devenu carrément alambiqué, avec ce diable qui sortit de la salle de bain – “bain” sans S, contrairement à ce que je corrige sans cesse dans les tapuscrits que j'édite. Comme quoi les titres peuvent aussi recéler des coquilles. Celle-là est plus amusante qu'autre chose, et sujette à caution, éternelle question du pluriel dans ce type d'expressions, sans réponse incontestable.

Enfin, le roman se déroule à Lyon, sur les pentes de la Croix-Rousse, autre référence élégamment campée par l'auteure. Pour être Lyonnais d'adoption depuis quelque vingt années, j'ai ressenti comme juste l'ambiance décrite, ou plutôt l'état d'esprit qui filtre de cette chronique désabusée. D'ailleurs, j'ai imaginé que le nom de l'auteure pouvait être un pseudonyme, sur le mode de Virginie “des pentes” (de la Croix-Rousse), une écrivaine “d'Ivry” faisant penser à la commune du sud de l'Île-de-France…

Jean-Luc Tafforeau, éditions AO